CHAPITRE TRENTE-CINQ
Hélène Zilwicki regardait par la baie d’observation de la pinasse tandis que le petit appareil élégant, à géométrie variable, se posait avec grâce sur le terrain d’atterrissage du spatioport de Dé-à-Coudre. Elle estimait toujours qu’il s’agissait là d’un nom plutôt stupide pour une capitale planétaire, quoique cela présentât à tout le moins plus d’originalité qu’Arrivée – sans aucun doute le nom de capitale le plus commun de toute la Galaxie.
Bon, à part peut-être « Première-Arrivée », se corrigea-t-elle avec un rire intérieur. Et, de quelque manière que les citoyens de Fuseau aient choisi d’appeler leur capitale, la jeune femme était surprise par le plaisir qu’elle éprouvait à y revenir.
Que le petit groupe d’intervention du commodore Terekhov eût énormément progressé durant le voyage depuis le terminus de Lynx ne faisait aucun mal. Ses vaisseaux n’étaient en aucun cas aussi bien entraînés que l’avait été l’Hexapuma avant son départ pour Monica mais il aurait été injuste de comparer leur degré d’efficacité à celui que possédait alors l’équipage du Chaton. Pour une poignée de bâtiments assemblés et déployés moins de trois semaines plus tôt, la plupart tout juste sortis des tests (très abrégés) des constructeurs, ils étaient sacrément bons.
Évidemment, songea un coin de son cerveau, moqueur. Et toi, bien sûr, tu es une suceuse de vide tellement expérimentée que ton jugement éclairé sur leur efficacité est infaillible, hein ?
La ferme, ordonna le reste de son cerveau.
La pinasse se posa à la perfection, et Hélène se leva, s’efforçant de ne pas songer à toutes les occasions où Ragnhilde Pavletic avait conduit Terekhov à une réunion. Après s’être emparée du porte-documents du commodore et de son propre mini-ordinateur, elle sortit la première de la pinasse, obéissant à l’immuable tradition manticorienne voulant que les passagers débarquent par ordre de grade croissant.
Le vice-amiral Khumalo, Bernardus Van Dort, le capitaine Shoupe, le capitaine Chandler et un commodore aux cheveux bruns, une femme de petite taille mais presque aussi robuste qu’Hélène, les attendaient lorsque cette dernière entra dans le bureau à la suite du commodore Terekhov, du commodore Chatterjee, du capitaine Carlson et du capitaine Pope. Tous se levèrent pour saluer, et l’enseigne Zilwicki éprouva une pointe d’amusement en voyant l’officier inconnu lever la tête pour regarder ses très grands homologues dans les yeux. Cette femme était bien plus petite qu’elle, alors que Chatterjee était une des très rares personnes susceptibles de faire passer la duchesse Harrington pour petite et menue, ce qui expliquait sans doute son surnom : l’Ours. Malgré son amusement, toutefois, Hélène eut bien plus conscience de la formidable joie qu’elle éprouvait à revoir Van Dort. Le ministre spécial sans portefeuille sourit lui-même avec un contentement évident et lui adressa un signe de tête tandis qu’elle se glissait dans le sillage de tous ces officiers bien plus gradés qu’elle.
« Aivars, bienvenue ! » Khumalo tendit la main par-dessus son bureau pour serrer celle de Terekhov avec un plaisir et une chaleur authentiques. Ce qui, remarqua Hélène, constituait un changement notable – et bienvenu – par rapport à la raideur de celui qui n’était alors que contre-amiral, lors de l’arrivée initiale d’Aivars Terekhov dans l’amas de Talbot.
« Je pense que vous connaissez tout le monde, continua-t-il en désignant le comité d’accueil, à la possible exception du commodore Onasis. » Il désigna la petite femme qu’Hélène avait remarquée et qui s’avança, la main tendue à son tour.
« Commodore Onasis, fit Terekhov en guise de salut, avant de désigner d’un signe de tête ses propres officiers. Le commodore Chatterjee, qui commande la 301e escadre de contre-torpilleurs. Le capitaine Carlson, mon capitaine de pavillon à bord du Quentin Saint-James, et le capitaine Pope, mon chef d’état-major. Et, bien sûr… (il eut un léger sourire) l’enseigne de vaisseau Zilwicki, mon officier d’ordonnance. »
D’autres poignées de main furent échangées, ainsi que des murmures de bienvenue (quoique nul n’offrît de serrer son humble main à elle, remarqua Hélène avec une autre pointe d’amusement), puis tous se partagèrent les confortables fauteuils du bureau tels des oiseaux en uniforme accompagnés d’une corneille en civil. Hélène attendit que ses supérieurs fussent assis puis elle se trouva à son tour un perchoir, sur le côté de la pièce, sortit son mini-ordinateur et le configura en mode enregistrement.
« C’est vraiment bon de vous revoir, Aivars, dit Khumalo. Et de voir d’autres vaisseaux arriver avec vous.
— Content que vous le pensiez, monsieur. Et, franchement, je suis heureux d’être ici, quoique j’aurais apprécié de passer au moins une journée sur Manticore d’abord. Et je suis sûr de parler aussi pour l’Ours. » Il désigna Chatterjee d’un signe de tête. « D’un autre côté, je ne voudrais pas vous laisser croire que nous sommes déjà tout à fait opérationnels. Dans un premier temps, je vais être obligé de vous voler quelques officiers d’état-major. Ensuite, nous n’avons vraiment pu nous entraîner en tant qu’escadres cohérentes que depuis deux ou trois semaines. Nos équipages sont pleins de bonne volonté, et je les crois aussi bons que possible individuellement, mais nous ne sommes pas à la veille d’être prêts comme nous l’aurions dû avant même de partir prendre notre affectation.
— Il y a énormément de problèmes de ce type-là, ces derniers temps, observa Shulamit Onasis avec un sourire aigre.
— On peut le dire, acquiesça Khumalo, compatissant. D’un autre côté, entre vous et le vice-amiral du Pic-d’Or, nous avons déjà vingt ou trente fois la force de frappe que nous avions dans le Quadrant avant Monica. J’ai hâte que nous en recevions encore plus, bien sûr, mais ajouter huit Saganami-C dans la marmite – sans parler des Roland du commodore Chatterjee – va me permettre de dormir bien mieux la nuit.
— C’est vrai pour nous tous, je pense », dit Onasis en opinant fermement. Puis elle s’adressa à Frédérick Carlson. « Je voulais vous poser une question, capitaine. Je croyais qu’il y avait déjà un Quentin Saint-James dans la liste des vaisseaux.
— Tout à fait, répondit l’intéressé. Ç’a été un des premiers Saganami-A. Il a toutefois été transféré à la Spatiale de Zanzibar dans le cadre de la reconstitution de cette flotte après que Tourville l’a mise en pièces. Le Quentin Saint-James étant au tableau d’honneur, Zanzibar l’a rebaptisé afin de libérer le nom pour mon vaisseau. » Il secoua la tête. « J’en suis bien sûr flatté, mais ça nous lance à tous le défi d’en être dignes.
— Ah. » Onasis hocha la tête. « Il me semblait bien que mes souvenirs étaient bons. Cela dit, avec tous les vaisseaux qui sortent des chantiers, il n’est pas étonnant que certains noms se voient redistribués sans sommation.
— Tout est redistribué sans sommation en ce moment, Shulamit. » La voix de Khumalo s’était faite plus grave, remarqua Hélène. « On ferait donc mieux d’en arriver à notre dernier épisode de « qu’est-ce-qui-se-passe-en-ce-moment ? » Ambrose, vous voulez bien briefer le commodore Terekhov et le commodore Chatterjee sur nos dernières petites distractions ?
«… et c’est à peu près tout, en tout cas pour l’instant, acheva Chandler presque une heure et demie plus tard.
— Merci, Ambrose, dit Khumalo avant de se tourner vers Terekhov. Comme vous le voyez, tout s’arrange dans l’essentiel du Quadrant. D’ailleurs, quand monsieur Krietzmann reviendra sur la planète, ce soir, Loretta et lui feront une intervention commune – pas seulement pour vous, Aivars ; la baronne de Méduse et monsieur Alquezar, le Premier ministre, seront là aussi – pour décrire par le menu l’intégration réussie des groupes de BAL dans les forces de défense locales, à mesure que nous les déployons. Nous sommes très bien partis sur ce front-là, en accord avec notre programme original, mais les BAL continuent d’arriver du terminus de Lynx. Il s’écoulera encore au moins un mois avant que nous ne soyons couverts de manière adéquate à la périphérie nord. Et, pour ne rien vous cacher, nos projets de déploiement d’origine accordaient une priorité bien moindre aux sites entourant Péquod ou la Nouvelle-Toscane, car nous pensions les flottes de San Miguel et de Rembrandt à même de gérer la sécurité dans cette région. Étant donné que la situation en Péquod devient… délicate, nous voulons réellement accélérer l’envoi d’un groupe de BAL dans ce système. Hélas ! nous n’aurons pas assez de plateformes de transport pour cela avant au moins deux mois, car les seuls PBAL disponibles ont déjà déposé leurs groupes ou sont encore en transit…
» Ce qui ne nous laisse pas dans une situation idéale, dirons-nous. »
Le bureau de Khumalo demeura silencieux plusieurs secondes après que l’amiral eut conclu, et Hélène jeta un coup d’œil discret au profil de Terekhov. Les yeux du commodore étaient mi-clos, ses lèvres plissées en une moue pensive, et la jeune femme remarqua de quelle manière Khumalo et Van Dort le regardaient, attendant visiblement ses impressions du briefing de Chandler. Du second, cela ne la surprenait pas le moins du monde, après la manière dont le commodore et lui avaient collaboré durant l’opération Monica. La réaction de l’amiral, en revanche, l’étonnait encore un peu, bien qu’elle en fût enchantée.
« Je n’aime pas du tout cette histoire de Nouvelle-Toscane, monsieur, dit enfin Terekhov, ouvrant grand les yeux pour les poser sur Khumalo. Je n’ai pas eu l’occasion de visiter ce système avec l’Hexapuma, mais tout ce que j’ai entendu, vu ou lu au sujet des Néo-Toscans me rend encore plus contrarié de leurs dernières manigances.
— Donc vous les croyez aussi en train de préparer quelque chose qui ne va pas beaucoup nous plaire, Aivars ? s’enquit Van Dort avec un sourire interrogateur, et Terekhov renifla.
— Je vois désormais comment votre cerveau aiguisé vous a hissé tout en haut du mont commercial local, Bernardus, dit-il, pince-sans-rire. Rien ne vous échappe, hein ?
— On essaie de se tenir au courant », admit modestement le Rembrandtais, déclenchant plusieurs éclats de rire. Les visages redevinrent toutefois vite sérieux, et Van Dort se pencha un peu en avant. « Que pensez-vous que nous devions faire ? »
Hélène tourna les yeux vers Khumalo, curieuse de savoir de quelle manière il allait réagir en entendant un civil demander sans ambages l’avis d’un de ses subordonnés. Mais l’amiral se contenta d’incliner la tête sur le côté, attendant visiblement la réponse de Terekhov avec autant d’intérêt que Van Dort.
« Attendez un peu, Bernardus ! protesta le commodore. J’entends parler de cela pour la première fois. Qu’est-ce qui vous fait croire que j’ai eu le temps de me former une opinion ?
— Je ne vous demande pas une opinion. Juste une première impression.
— Eh bien, ma première impression est qu’il nous faut plus d’une ou deux escadres de BAL dans le système. De nouvelles plateformes ne nuiraient pas, évidemment, mais, si les Néo-Toscans exécutent vraiment un plan concerté, je doute que cela seul les fasse reculer. En fait, ma principale idée, à cette minute, est qu’il faut nommer en Péquod quelqu’un de plus gradé que le capitaine Denton. Et que cet officier, quel qu’il soit, ait le droit de botter les fesses des Néo-Toscans s’il faut ça pour les faire battre en retraite. »
Khumalo et Shoupe paraissaient tout à fait d’accord avec lui, songea Hélène. Même si cela ne les rendait pas forcément enchantés de la situation.
« C’est à peu près ce qu’on s’était déjà dit, acquiesça le vice-amiral, comme pour confirmer l’impression de la jeune femme. Le problème étant qu’on ne peut s’empêcher de se demander si ce n’est pas exactement la réaction qu’ils cherchent à provoquer. Aucun de nous ne voit en quoi ça pourrait les servir, notez bien, mais c’est précisément ce qui nous ennuie. Sans savoir où ils veulent en venir, il est impossible de deviner comment nos décisions peuvent s’inscrire dans leurs plans et leurs objectifs. Cette ignorance est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je n’ai pas cherché plus activement à détourner une des livraisons des PBAL vers Péquod.
— Non, nous ne savons pas de quelle manière nos manœuvres affecteront leurs plans, admit Terekhov, pensif, avant de hausser légèrement les épaules. Cependant, je ne crois pas que nous puissions nous permettre de rester paralysés. Je ne recommande en aucun cas d’envoyer quelqu’un jouer à l’éléphant dans le magasin de porcelaine : si nous avons vraiment affaire à des provocations délibérément orchestrées, nous n’avons pas intérêt à leur fournir la meilleure provocation qui soit. Mais, selon le même raisonnement, je ne vois pas comment qui que ce soit, dans la région, pourrait deviner quelle puissance de feu l’Amirauté est prête à transférer par ici. Je parie que tous les calculs de la Nouvelle-Toscane se fondent sur la force réduite dont vous disposiez avant Monica, monsieur. En ce cas, il serait souhaitable de leur apprendre que de plus en plus de vaisseaux modernes vont arriver dans le Quadrant – et pas seulement des BAL. Leur faire mesurer les ennuis qu’ils risquent de s’attirer avant qu’ils ne poussent le bouchon trop loin.
— Je pense qu’il y a beaucoup de vrai là-dedans, amiral, dit Van Dort.
— D’accord. » Khumalo hocha la tête. « Et, pour être franc, c’est une pensée qui nous était déjà venue, ainsi qu’à monsieur Krietzmann et à la baronne de Méduse. Je déteste avoir l’impression d’une épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête !
— Après ce que ces fumiers de Manpower et de Monica ont voulu faire ? » Terekhov montra brièvement les dents. « Je vous rejoins tout à fait là-dessus, amiral !
— Je me demande pourquoi cela ne m’emplit pas d’un optimisme béat », commodore Terekhov, conclut Khumalo sur un ton presque ironique.
« Excusez-moi, enseigne Zilwicki. »
Hélène s’arrêta quand la blonde extrêmement séduisante lui toucha le coude dans le couloir qui longeait le bureau planétaire de l’amiral Khumalo.
« Oui ? » répondit-elle, courtoise, en se demandant qui était cette femme et comment elle l’avait identifiée.
En dehors du fait que mon nom est marqué sur le plastron de ma tunique, eh !
« Je m’appelle Helga Boltitz, dit la blonde, avec un accent rocailleux qui rappelait un peu celui de Victor Cachat. L’assistante personnelle de monsieur Krietzmann, ajouta-t-elle en voyant l’absence de réaction de son interlocutrice.
— Oh oui, bien sûr », fit Hélène. Elle jeta un coup d’œil le long du couloir, mais les commodores Terekhov et Chatterjee étaient encore pris par une discussion de dernière minute avec le capitaine Shoupe, aussi reporta-t-elle son attention sur Mlle Boltitz. « Puis-je faire quelque chose pour vous, madame ?
— Eh bien, comme je l’expliquais il y a peu à l’ordonnance de l’amiral du Pic-d’Or, vous pourriez commencer par ne pas m’appeler « madame », répondit Boltitz avec un sourire malicieux. Ça me donne l’impression d’être terriblement vieille et bien trop respectable.
— Je vais essayer de m’en souvenir, mada… mademoiselle Boltitz, dit Hélène en souriant.
— Bien. D’ailleurs, étant donné que j’accomplis au service du ministre globalement le même travail que vous au service du commodore, il serait plus simple que je vous appelle Hélène et que vous m’appeliez Helga. Ça vous convient ?
— À condition que je puisse vous appeler « mademoiselle Boltitz » en public… Helga.
— Je pense que, dans de telles circonstances, j’y survivrai… enseigne.
— En ce cas, permettez-moi de reformuler ma question. Puis-je faire quelque chose pour vous, Helga ?
— Pour tout dire, oui, dit l’intéressée, un peu plus sérieuse. Monsieur Krietzmann sera bien sûr présent en compagnie du Premier ministre et du gouverneur général au dîner officiel qui précédera le briefing complet de ce soir. Il m’a demandé de vous informer qu’il emmènera deux invités – au dîner seulement, pas au briefing – qui représentent des éléments assez importants de nos forces de défense locales. L’un d’eux est de Montana, et il a émis le désir… ma foi, d’être pris en photo avec le commodore Terekhov. Je crois que c’est en rapport avec ce que le commodore – et tout son équipage, bien sûr – a accompli pour sa planète. Quoi qu’il en soit, monsieur Krietzmann apprécierait beaucoup que le commodore se présente en grand uniforme. »
Hélène parvint à retenir un gémissement. Ce ne fut pas très facile : s’il était une chose que détestait Aivars Terekhov, c’était ce qu’il appelait « les simagrées et les coquetteries » de ses devoirs. Hélène soupçonnait cette aversion due aux années qu’il avait passées au ministère des Affaires étrangères, avec leur éternelle succession de dîners officiels et de réceptions politiques, avant de reprendre le service actif.
D’un autre côté, se dit-elle avec espoir, cette même expérience devrait lui permettre de comprendre l’importance de la requête de Krietzmann. Une fois qu’il aura fini de râler, bien sûr.
« Quelqu’un d’autre prévoit-il de venir en grand uniforme ? demanda-t-elle au bout d’un moment, avant d’ajouter, devant l’incompréhension de son interlocutrice : Il ne sera pas très content d’enfiler sa tenue de cirque, Helga, mais si je peux lui dire qu’il ne sera pas le seul…»
Elle permit à sa voix de mourir sur une lueur d’espoir. L’assistante du ministre eut un petit rire.
« Je doute que nous puissions pousser tout le monde à se déguiser, dit-elle. Cependant, si ça peut être utile, je parlerai à quelques autres – l’amiral Khumalo, les capitaines Shoupe, Chandler et Saunders – et suggérerai que le ministre leur serait reconnaissant de venir eux aussi en grand uniforme.
— Parfait. » Hélène ne fit aucun effort pour masquer son soulagement. « Si vous faites ça, j’exagérerai moi-même un petit peu et affirmerai que le ministre apprécierait de voir le commodore Chatterjee et le capitaine Carlson dans la même tenue. Ce ne serait pas vraiment un mensonge. Monsieur Krietzmann l’apprécierait, n’est-ce pas ?
— Je n’en doute pas un instant », acquiesça Helga.
Faire revêtir son grand uniforme à Aivars Terekhov avait été presque aussi difficile que prévu. Il avait freiné des quatre fers dès qu’Hélène avait ouvert la bouche, affirmant que nul n’avait fait la moindre allusion à cette bêtise lors de l’invitation. La jeune femme avait détourné cet argument en lui rappelant que, si cette requête constituait bien un changement de dernière minute, elle était présentée par le ministre de la Guerre du Quadrant pour d’importantes raisons politiques. Terekhov, après lui avoir lancé un regard mauvais, s’était détendu et avait fait remarquer qu’il ne possédait pas de grand uniforme de commodore… moment auquel l’intendante chef Agnelli avait sans rien dire ouvert son placard pour en sortir son grand uniforme de commandant, judicieusement ajusté à son nouveau grade depuis le départ de Manticore.
Repoussé sur ce front-là par l’infernale efficacité de ses subordonnés, il avait prétendu que Chatterjee, lui, ne disposait sûrement pas de l’uniforme approprié et qu’il ne voulait pas le mettre dans l’embarras. Hélène et Agnelli s’étaient contentées de le fixer patiemment, comme une nounou fixe un enfant capricieux. Après leur avoir rendu leur regard durant quelques instants, il avait poussé un long soupir et capitulé.
Quel dommage qu’il fallût prendre tant de peine pour lui faire enfiler un uniforme de parade qui paraissait conçu tout exprès pour lui ! songea Hélène. Sa taille, ses cheveux blonds, ses yeux bleus et son maintien, ses épaules carrées, lui permettaient de porter à la perfection jusqu’à l’épée archaïque, et la jeune femme vit nombre d’yeux se tourner vers lui tandis qu’il la suivait hors de l’aérodyne militaire sur la piste d’atterrissage du manoir de Dé-à-Coudre – le logement temporaire du gouverneur pendant la construction de sa résidence définitive. Beaucoup d’aérodynes étaient déjà là, ou en train de redécoller après avoir déposé leurs passagers, et Hélène vit Khumalo – lui aussi en grande tenue – qui les attendait.
Le vice-amiral ne portait pas son uniforme resplendissant – ni l’épée – aussi bien que Terekhov. Peu d’hommes l’auraient pu, songea-t-elle, à peine subjective. À son allure, toutefois, on le sentait habitué à s’en accommoder, et Loretta Shoupe, qui se tenait près de lui, paraissait presque aussi resplendissante.
Khumalo tendit la main à Terekhov avec un gloussement.
« J’avais parié avec Bernardus que mademoiselle Zilwicki ne réussirait pas à vous faire venir en grand uniforme ! dit-il.
— Ma foi, gronda à demi Terekhov, en jetant un coup d’œil faussement furieux à Hélène, vous avez failli gagner. Par malheur, elle a été l’assistante de Bernardus. C’est sans doute pour cela qu’il a mieux évalué que vous sa capacité à… me convaincre, monsieur.
— Il a effectivement mentionné l’extraordinaire ténacité de l’enseigne », acquiesça Khumalo en souriant. Il jeta un coup d’œil à Hélène mais il était à cet instant évident, même pour elle, que le silence était la meilleure politique.
« Bien, continua l’amiral au bout d’un moment, nous ferions mieux d’y aller. Vous êtes en quelque sorte l’invité d’honneur, ce soir, Aivars, alors on ne peut pas commencer le spectacle avant votre arrivée.
— Merveilleux, soupira Terekhov, avant de se reprendre. Soit, je suis prêt. J’imagine que ça ne pourra pas être tellement pire que la bataille de Monica. »
La description initiale de la soirée – « un petit souper informel avec le gouverneur général et le Premier ministre » – semblait légèrement erronée, songea Hélène en suivant son commodore et le vice-amiral Khumalo le long d’un large couloir puis dans ce qui était à l’évidence la grande salle de bal du manoir. Une pièce colossale qu’emplissaient des tables dressées. Il y avait au moins trois cents chaises autour de ces tables, sans doute plus, et la plupart étaient déjà occupées.
Il eût bien fallu connaître Aivars Terekhov pour remarquer la manière dont son cou se crispa et dont ses épaules se carrèrent un peu plus : il continua de discuter avec Khumalo tandis que tous deux se dirigeaient vers la table d’honneur, marquant une pause occasionnelle pour un bref échange avec une personne rencontrée lors de son premier déploiement dans le Talbot. À l’air du vice-amiral, lui n’était pas surpris, remarqua Hélène, qui commençait à se demander ce que tout cela signifiait.
Comme ils approchaient enfin de la table d’honneur, elle reconnut trois autres Commodores qui les attendaient. Elle s’était attendue à voir l’un d’entre eux – le commodore Lázló – puisqu’il commandait la Flotte de Fuseau. Le second la surprit un peu, quoique le commodore Lemuel Sackett, commandant de la Flotte de Montana pût légitimement être qualifié d’« invité de Montana ». La manière dont il était venu avait de quoi interloquer, bien sûr, mais pas autant que la présence du commodore Emil Karlberg, commandant de la Flotte de Nuncio.
Cette fois, Terekhov ne put tout à fait masquer sa surprise. Fuseau n’était pas situé de manière pratique pour ces deux messieurs – le temps de transit depuis leurs systèmes d’origine se mesurait en semaines plutôt qu’en jours ; Montana, le plus proche, se trouvait à quatre-vingt-trois années-lumière du système capitale du Quadrant – mais il n’aurait certes pas été poli de leur demander ce qu’ils faisaient là. Surtout qu’ils paraissaient tous les deux enchantés de le voir.
Et c’est sacrement normal, se dit Hélène. Le commodore et le Chaton ont nettoyé Nuncio de ses pirates havriens alors que Karlberg n’aurait même pas pu les trouver, sans parler de les affronter. Et il est clair que Sackett n’oubliera pas comment le commodore et M. Van Dort ont convaincu Westman de raccrocher ses revolvers en Montana. Cela dit, je me demande pourquoi personne ne nous a annoncé leur présence.
Elle se le demandait encore lorsqu’un employé poli la sépara des officiers supérieurs et la conduisit jusqu’à une table latérale bien plus humble. Hélène fut ravie de l’accompagner, sortant ainsi son faible grade (et son absurde jeunesse) du projecteur braqué sur Terekhov et les autres. La place à laquelle on la mena était assez proche pour qu’elle gardât l’œil sur lui au cas où il aurait besoin d’elle, et l’oreillette invisible qu’elle portait permettrait au commodore de l’appeler à sa guise.
Elle fut heureuse de voir Helga Boltitz assise à la même table, quoique l’assistante du ministre ne parût pas tout à fait aussi satisfaite de cette position. Cela devait peut-être quelque chose à son voisin de table. Qui était aussi le sien, songea Hélène, puisqu’il était assis entre elles deux. Elle ignorait qui était cet homme aux cheveux sombres et aux yeux bruns, à la fine moustache et à l’accent de Rembrandt, mais elle en reconnut l’expression de supériorité et d’ennui pour l’avoir vue au cours de bien trop de dîners politiques où elle avait été conviée en tant que fille adoptive de Catherine Montaigne. Certains individus, songea-t-elle, n’avaient pas besoin qu’on les acclame. Ils s’en chargeaient eux-mêmes partout où ils allaient.
Elle réfléchissait toujours – se demandant s’il serait lâche de sa part d’abandonner Helga au Rembrandtais plutôt que d’essayer d’en détourner le feu vers elle – quand de petits bruits secs et musicaux percèrent le brouhaha des conversations. Comme toutes les têtes se tournaient, elle vit la baronne de Méduse debout à la tête de la table d’honneur, tenant toujours le couteau de table dont elle venait de se servir pour taper sur un pichet.
Le brouhaha mourut presque d’un coup et Méduse sourit.
« Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier tous d’être venus, dit-elle. Certains d’entre vous… (elle jeta un coup d’œil en direction de Terekhov) avaient peut-être l’impression que ce dîner serait un peu plus simple, plus humble. Je présente mes excuses à quiconque aurait eu cette impression erronée. En fait, ce soir nous donne à tous une occasion rare. En tant que représentante personnelle de Sa Majesté dans le Quadrant, j’ai le privilège – et le plaisir – de vous accueillir en son nom. Nous avons la chance d’avoir en Fuseau plusieurs des commandants spatiaux du Quadrant, et encore plus de chance qu’ils aient pu échapper aux conférences officielles les y ayant amenés pour se joindre à nous. Enfin, nous avons surtout la chance d’accueillir parmi nous un homme auquel le Quadrant tout entier doit une gratitude exceptionnelle. Mesdames et messieurs, je vous prie de vous joindre à moi pour adresser du fond du cœur nos remerciements au commodore Aivars Terekhov. »
Le silence de la salle de bal mourut sous un tonnerre d’applaudissements. Le vice-amiral Khumalo fut sans doute le premier à se lever en applaudissant à tout rompre mais il ne put devancer les autres de plus d’un ou deux battements de cœur. Hélène se retrouva elle aussi debout, frappant dans ses mains avec frénésie, et elle eut toutes les peines du monde à réprimer un sifflement jubilatoire tandis que cet enfer se déchaînait.
Jusqu’à cet instant, elle n’avait pas encore compris combien elle regrettait pour Terekhov que son redéploiement hâtif l’eût privé, en Manticore, de la reconnaissance publique qu’il méritait tant. À présent que l’instant était arrivé, toutefois, elle jugeait infiniment plus approprié qu’il reçût cet hommage ici, dans l’amas, de la part des gens qu’avait si bien servis son courage moral.
Les applaudissements se prolongèrent. Hélène vit les couleurs monter au visage du commodore tandis que le claquement de toutes ces mains martelait ses oreilles. Elle ne doutait pas qu’il fût gêné mais ne s’en inquiétait guère : il méritait cette ovation – jusqu’au moindre décibel – et elle sourit si largement qu’elle crut sentir son visage se fendre lorsqu’elle comprit avec quelle ruse Khumalo et Méduse s’étaient arrangés pour qu’il ne pût s’y soustraire.
Les applaudissements cessèrent enfin, les gens se rassirent, et le gouverneur général attendit que le silence revînt avant de s’éclaircir la voix.
« À l’heure qu’il est, certains d’entre vous ont sûrement deviné que nous avons attiré ici le commodore Terekhov sous ce qu’on pourrait appeler un faux prétexte. Franchement, nous craignions un peu qu’il renâcle s’il savait ce que nous avions en tête. » Des rires discrets s’élevèrent dans la salle. Méduse sourit. « Je crains toutefois que nous n’en ayons pas tout à fait fini avec le commodore cette nuit », continua-t-elle.
Elle jeta un coup d’œil à Terekhov, qui lui rendit son regard avec une expression qu’on ne pouvait qualifier que de méfiante.
« Il est un terme dont les officiers de la Reine ne sont que trop familiers, mesdames et messieurs, reprit Méduse, bien plus sérieuse. Il s’agit des « exigences du service », et cela signifie que les hommes et les femmes ayant choisi de porter l’uniforme afin de nous garder et de nous protéger – vous et moi – voient souvent leur existence piétinée par ces exigences du service qu’ils ont choisi. Ils ne se contentent pas de risquer leur vie et leurs membres pour nous, mesdames et messieurs. Ils sacrifient aussi le reste de leur existence – en tant que père ou mère, que femme ou mari. Le commodore Terekhov n’a passé que moins d’une semaine T en Manticore avant de nous être renvoyé. Moins d’une semaine T, mesdames et messieurs, après les risques et les dangers monumentaux qu’ont affrontés pour nous les spatiaux du HMS Hexapuma et des autres vaisseaux de son escadre en Monica. »
Il régnait désormais un silence absolu dans la gigantesque salle de bal. La voix de la baronne, quoique basse, résonnait clair dans un tel calme.
« Il n’existe aucune vraie compensation aux sacrifices que les hommes et femmes en uniforme consentent pour les gens qu’ils servent et protègent. Comment attribuer un prix à la volonté de servir ? Comment verser un salaire convenable à la volonté de mourir pour protéger les autres ? Et comment honorer ceux qui ont tenu leur serment, donné toute la mesure de leur dévotion au service de leur nation stellaire, de leur foi en la dignité et la liberté ? » Elle marqua une pause puis secoua la tête. « La vérité est que nous ne pouvons leur donner la compensation et les honneurs qu’ils méritent. Toutefois, que nous puissions ou non les récompenser de manière appropriée, nous nous reconnaissons obligés d’essayer. Essayer de leur montrer, à eux et à tout un chacun, que nous avons conscience des sacrifices consentis. Que nous comprenons notre dette envers eux. Et qu’ils sont pour nous des perles sans prix, des êtres que nous ne méritons pas mais qui viennent tout de même à nous, ce dont nous devons toujours remercier Dieu.
» Il s’agit des gens du HMS Hexapuma. Des HMS Sorcier, Vigilant, Galant, Audacieux, Aegis, Javelot, Janissaire, Rondeau, Aria et Volcan.
» Nous ne pouvons pas les honorer individuellement. Trop d’entre eux ne sont plus là, et la plupart de ceux qui ont survécu se trouvent ailleurs cette nuit, sous l’uniforme de la Reine, en train de la servir encore – elle et nous –, ainsi que le veulent les exigences du service. Mais, si nous ne pouvons les honorer individuellement, nous pouvons les honorer collectivement, en la personne de l’homme qui les commandait. »
Aivars Terekhov regardait droit devant lui, et non par modestie. Il regardait un spectacle qu’il était seul à voir – les équipages de ces vaisseaux. Les visages que nul ne reverrait plus jamais.
« Commodore Terekhov, dit Méduse, s’adressant à lui pour la première fois, vous ignoriez que, parmi les dépêches que vous apportiez en Fuseau, se trouvait une lettre d’instructions adressée à moi par Sa Majesté. Levez-vous, je vous prie. »
Terekhov obéit lentement.
« Venez ici, commodore », continua la baronne sans élever la voix, et il la rejoignit. Dans le même temps, Augustus Khumalo, Lemuel Sackett et Emil Karlberg se levèrent aussi et le suivirent. Sackett portait un petit étui en velours qui s’était apparemment trouvé sous la table, à sa place, Karlberg un petit coussin pareillement dissimulé.
Tous quatre s’arrêtèrent devant Méduse, à qui le Montanien présenta l’étui. Elle hocha la tête puis regarda Khumalo.
« Garde-à-vous ! » lança la voix profonde du vice-amiral, et Hélène se sentit bondir sur ses pieds automatiquement, de même que tous ceux en uniforme présents dans la vaste salle de bal.
« Commodore Aivars Terekhov, reprit la baronne d’une voix claire qui portait loin, le 16 février 1921 post Diaspora, des unités de la Flotte royale manticorienne placées sous vos ordres ont pénétré dans le système de Monica, agissant en fonction de renseignements obtenus suite à vos actions dans les systèmes de Faille et de Montana. Tandis que vous réprimiez de violents mouvements terroristes dans ces deux systèmes, vous vous êtes avisé d’une menace supplémentaire, potentiellement désastreuse, pesant sur les citoyens des nations de ce qu’on appelait alors l’amas de Talbot et du Royaume stellaire de Manticore. De votre propre chef, vous avez dirigé votre escadre en Monica, où vous avez exigé la mise hors service d’ex-croiseurs de combat de la Ligue solarienne fournis à l’Union monicaine par des organisations hostiles au Royaume stellaire, décidées à empêcher l’annexion par Manticore des systèmes désormais désignés sous le nom de Quadrant de Talbot, annexion que les citoyens de ces systèmes avaient demandée librement et démocratiquement.
» Quand l’officier présent le plus gradé de la Flotte monicaine a refusé d’exécuter vos ordres et ouvert le feu sur vos vaisseaux, quoique surpris par le volume, la force, la portée et la précision de ce feu, et en dépit de lourdes pertes et avaries, vous avez détruit les zones militaires d’une plateforme industrielle massive et neuf des croiseurs de combat qui s’y trouvaient amarrés. Ensuite, lorsque trois croiseurs de combat modernes et pleinement opérationnels vous ont attaqués, les six unités restantes de votre escadre ont affronté et détruit ces adversaires.
» Au prix de soixante pour cent des vaisseaux et soixante-quinze pour cent du personnel que vous commandiez, votre escadre a détruit ou neutralisé tous les croiseurs de combat de manufacture solarienne présents dans le système de Monica. Par la suite, quoique vos bâtiments survivants aient été trop abîmés pour quitter le système, vous avez neutralisé toutes les unités restantes de la Flotte monicaine, empêché la fuite ou la destruction des deux croiseurs de combat solariens survivants, et maintenu le statu quo dans le système durant toute une semaine, jusqu’à ce que vous soyez relevé par des forces alliées.
» Il m’est à présent un devoir et un immense honneur, selon les instructions expresses de Sa Majesté la reine Élisabeth de Manticore, agissant en tant que sa représentante personnelle et gouverneur général du Quadrant de Talbot, de vous remettre la médaille parlementaire du Courage. »
Hélène hoqueta quand Sackett ouvrit l’étui, d’où Méduse sortit la croix d’or et l’explosion d’étoiles sur son ruban bleu et blanc. Terekhov était bien plus grand qu’elle : elle se hissa sur la pointe des pieds tandis qu’il s’inclinait afin de lui passer le ruban autour du cou et d’en maîtriser la chute. Ayant disposé avec soin la médaille luisante sur sa poitrine, elle leva les yeux vers le commodore et – en un geste dont Hélène fut sûre qu’il n’avait pas été répété – lui toucha la joue avec une grande douceur.
« Sa Majesté vous confère cette médaille, dit-elle, parce que vous l’avez profondément méritée à titre personnel, mais aussi pour reconnaître la valeur de chaque homme et femme qui servait avec vous en Monica. Elle vous demande de la porter pour eux autant que pour vous-même. »
Terekhov hocha la tête sans répondre. Franchement, la jeune femme doutait qu’il en fût capable. Méduse, cependant, n’en avait pas terminé avec lui : elle adressa un signe de tête à Karlberg, qui s’accroupit pour déposer son coussin sur le sol.
« Et à présent, commodore, il est un autre petit détail dont Sa Majesté m’a demandé de m’occuper pour elle. Agenouillez-vous, je vous prie. »
Les narines de Terekhov se dilatèrent sous l’effet d’une sèche inspiration. Quand il obéit, tombant à genoux sur le coussin, Augustus Khumalo tira son épée de parade et la tendit, la poignée la première, à la baronne. Elle la prit, la fixa un instant puis baissa les yeux sur l’officier agenouillé devant elle.
« Par l’autorité investie en moi en tant que gouverneur général pour Sa Majesté du Quadrant de Talbot, et selon ses instructions expresses, agissant en son lieu et place, reprit sa voix qui résonnait dans la salle avec une clarté cristalline, je vous confère les rang, titre, prérogatives et devoirs d’un chevalier compagnon de l’Ordre du roi Roger. »
L’acier luisant toucha l’épaule droite de Terekhov, la gauche puis de nouveau la droite. Méduse l’y laissa posée quelques instants, tandis que leurs regards se croisaient, puis elle sourit et recula d’un pas, baissant l’épée.
« Levez-vous, Sir Aivars, dit-elle doucement, alors qu’éclataient les acclamations. Et puisse votre conduite future défendre l’honneur de la reine aussi fidèlement que votre conduite passée. »